samedi 13 septembre 2014

Le cadeau de Madame de la Ferté.

Ce matin, à cinq heures dix, Madame s est éteinte. Je lui tenais la main, son corps à frémit  comme une feuille d automne: c était sa fin. Pas surprenant certes , elle qui devenait toujours plus faible, mais on s habitue à la famille , on s habitue aux maisons.
Dans un geste maintes fois répété, je lui fermais les yeux et lui joignit les mains. En refermant la porte, j ai ressentis un immense vide dans la maison, sa sonnette ne tinterait plus: J étais seule.
Je m assis derriére le bureau pour prévenir la famille, pour entendre une voix. La fille aînée n étant pas dans sa maison, je jetais mon dévolu sur la cadette.
-"Comment, Maman décédée? Si vite? Moi qui voulait lui rendre visite aujourd’hui.
- Ah mon Dieu je le regretterai toute ma vie!"
-"Le médecin était pessimiste lors de sa dernière visite." répondis-je.
Elle avait appelé une fois pendant la semaine, pour demander des nouvelles, invariablement je répondis que Madame mangeait peu, qu elle souffrait. Enfin elle me fit part encore de ses regrets de ne pouvoir être auprès d elle, et me remercia encore de mon grand dévouement.
C était mon métier, j accompagnais les personnes âgées dans la dernière ligne droite , jour et nuit.
Le Médecin est venu pour remplir son formulaire. Il a perdu une patiente de longue date.
La fille aînée, s est étonnée de sa longévité: plus rien ne fonctionnait. Pourtant, avec moi, elle souriait, me parlait de sa vie et de ses aléas.
Ce soir, je suis allé machinalement dans la cuisine pour lui préparer son bouillon, je n ai pu retenir mes larmes.
Le lendemain, ils étaient tous là. C était le moment de faire sa valise. J étais restée presque un an dans cette famille. Demain j irai au bureau pour solliciter une autre place: l ouvrage ne manquait pas.
Avant mon départ, un des fils s inquiéta de la disparition de la bague d émeraude de sa mère; elle n étais pas dans la boite à bijoux.
-" Oui, bien sure inutile de chercher, La semaine dernière Madame m a demandé de lui passer au doigts, même qu elle était devenue un peu grande. Elle y était certainement restée."
Une vague de soupçons s abattit sur moi. Madame était à la morgue. Les enfants s y rendirent en maugréant:
 -"Et si quelque un avait volé cette bague, ça ne se passerait pas comme ça." affirma un des fils.
Heureusement pour moi la bague y était encore. La fille aînée m a serrée chaleureusement dans ses bras pour me remercier de mon dévouement. Ils enverraient un excellent certificat au bureau. J ai lu un sentiment de gêne dans ses yeux. Au moins ça!
Les fils démontèrent le bureau ou de la poussiére s échappa, mais pas de testament!
Peu après l enterrement de Madame, je reçu une convocation du notaire, je m en souviens, il fit plusieurs visites à la maison.
Les enfants ont froncé  le sourcil lorsque ils m ont vu débarquer chez lui!
Madame m avait couché sur son testament, et pour quatre vingts dix mille €!
Vous auriez du voir les étincelles de jalousie jaillir de leurs yeux exorbités . Un des fils s est levé, jurant qu il saisirait la justice pour "Abus de faiblesse". Le notaire répondit qu il avait recueillit les dernières volontés de sa cliente devant témoins, et qu elle était saine d esprit  au moins à ce moment là.
Avec calme, je déclarais solennellement, qu ils pouvaient garder leurs sous, que ce n était pas la premiére fois qu on me  faisait cette proposition: Je refusais systématiquement et quittais la salle la tête haute.
L air du dehors étais vif, les oiseaux chantaient j étais heureuse.



               Un tableau de Matisse, ce n est pas moi qui l ai peint, Collection particuliére

mercredi 27 août 2014

Relations tourmentées.

Avez vous une idée sur l auteur de cette toile? Il s agit d un peintre très connu.
 J ai mis huit heures pour reproduire ce tableau.


Insouciant comme on peut l être dans sa jeunesse, je parcourais les bars de la basse ville, celle qui confond le jour et la nuit, noctambule, pataugeant dans cette cour des miracles, entre deux hallucinations, entre deux cocktails, entre deux Femmes. J essayais de faire le point, cherchant vainement l étoile du berger comme un capitaine qui eut laissé choir son sextant par dessus bord. Je fuyais les lumières étincelantes du zinc, croisant du regard ces âmes perdues dont personne ne veut, pas même le diable qui risquerait de s y casser les dents.

Elle, comme un phare sur un rocher, accoudée au bar, drapée d une longue pièce d étoffe indigo soulignant la pâleur de son teint, cligna des cils en ma direction. Un signal codé qui ne pouvait laisser insensible le marin que j étais. Larguant les amarres, je mis le cap sur la belle de nuit. Par une fente de l étoffe, je cru deviner la nudité parfaite du fond de ses abîmes. Deux limoncello lança t elle au barman qui secouait son shaker avec allégresse.
-"Tu sens la mer, d ou viens-tu?"
-" Je parcours les océans, ce soir je suis ici, demain cent milles plus au nord. Et toi qui est tu?"
-"Je suis la gérante du bar, celle qui pilote son monde, là ou tu voudras, je pourrais t emmener.
Certains visiteurs étaient les bienvenus, les autres remplissaient la caisse. Une riche cliente lui avait emprunté son mari sans jamais le lui rendre, elle n avait pas insisté. Sa fille, ce qu elle avait fait de mieux dans sa vie étudiait à St Ursula. Le Barman posa deux cocktails givrés sur le bar. Elle se leva, en me tendant sa carte.
-"Dans une heure à cette adresse, vous ne savez pas ce qui vous attend!"
J en eu des frissons dans le dos, mais l envie était plus forte. Quelques rues tortueuses à monter, une porte cochère entre ouverte avec un heurtoir. Mes bottes ferrées raisonnaient dans le couloir qui débouchait sur une cour intérieur pavée.
 Elle m attendait là, vêtue d une aube blanche, la tête couverte par son capuchon.
-" Sois le bien venu, toi qui par les mers est arrivé jusqu en ces lieux.
Puissent les forces viriles, tel un soc de charrue,
Venir ensemencer ces contrées assoiffée d amour."
Elle jeta précipitamment le livre sur les pavés et le piétina avec rage. Puis s agrippant à moi, les larmes aux yeux, elle supplia ses Dieux de lui venir en aide.
-"Mon Maître, j ai désobéi, punissez moi, affligez moi la punition que je mérite." dit elle en montrant ses canines acérées.
Alors j étais venu jusqu ici pour simuler le tortionnaires! Je jouais du fouet, des liens, des insultes pour assouvir ses passions perverses, freiné seulement par ses gémissement .Tels des enragés sortis tout droit de la préhistoire nous assouvîmes nos passion bestiales sans retenues pour le bonheur de chacun. 
Beaucoup d eau est passée sous le pont.
Après la guerre, dans une de ces soirées données par le Yacht Club de Hambourg, je la revis. C était une soirée costumée et mon sabre de corsaire fit sensation. Ayant un œil bandé, je ne la reconnu pas de suite. Elle affublée d une robe à volants, genre "Petites filles modèles" me présenta à son ami aussi gros que son porte feuille. Un magnifique collier d émeraude semblait avoir scellé leur destinée. Dans un coin, un groupe d oies blanches trempait ses doigts dans les coupes de Champagne. je lui montrais l une d elle affublée d une aube. Elle sourit, en cachant ses canines acérées derrière son éventail. 
Nous bûmes ce soir là du Champagne de France dans la même coupe.