mercredi 27 août 2014

Relations tourmentées.

Avez vous une idée sur l auteur de cette toile? Il s agit d un peintre très connu.
 J ai mis huit heures pour reproduire ce tableau.


Insouciant comme on peut l être dans sa jeunesse, je parcourais les bars de la basse ville, celle qui confond le jour et la nuit, noctambule, pataugeant dans cette cour des miracles, entre deux hallucinations, entre deux cocktails, entre deux Femmes. J essayais de faire le point, cherchant vainement l étoile du berger comme un capitaine qui eut laissé choir son sextant par dessus bord. Je fuyais les lumières étincelantes du zinc, croisant du regard ces âmes perdues dont personne ne veut, pas même le diable qui risquerait de s y casser les dents.

Elle, comme un phare sur un rocher, accoudée au bar, drapée d une longue pièce d étoffe indigo soulignant la pâleur de son teint, cligna des cils en ma direction. Un signal codé qui ne pouvait laisser insensible le marin que j étais. Larguant les amarres, je mis le cap sur la belle de nuit. Par une fente de l étoffe, je cru deviner la nudité parfaite du fond de ses abîmes. Deux limoncello lança t elle au barman qui secouait son shaker avec allégresse.
-"Tu sens la mer, d ou viens-tu?"
-" Je parcours les océans, ce soir je suis ici, demain cent milles plus au nord. Et toi qui est tu?"
-"Je suis la gérante du bar, celle qui pilote son monde, là ou tu voudras, je pourrais t emmener.
Certains visiteurs étaient les bienvenus, les autres remplissaient la caisse. Une riche cliente lui avait emprunté son mari sans jamais le lui rendre, elle n avait pas insisté. Sa fille, ce qu elle avait fait de mieux dans sa vie étudiait à St Ursula. Le Barman posa deux cocktails givrés sur le bar. Elle se leva, en me tendant sa carte.
-"Dans une heure à cette adresse, vous ne savez pas ce qui vous attend!"
J en eu des frissons dans le dos, mais l envie était plus forte. Quelques rues tortueuses à monter, une porte cochère entre ouverte avec un heurtoir. Mes bottes ferrées raisonnaient dans le couloir qui débouchait sur une cour intérieur pavée.
 Elle m attendait là, vêtue d une aube blanche, la tête couverte par son capuchon.
-" Sois le bien venu, toi qui par les mers est arrivé jusqu en ces lieux.
Puissent les forces viriles, tel un soc de charrue,
Venir ensemencer ces contrées assoiffée d amour."
Elle jeta précipitamment le livre sur les pavés et le piétina avec rage. Puis s agrippant à moi, les larmes aux yeux, elle supplia ses Dieux de lui venir en aide.
-"Mon Maître, j ai désobéi, punissez moi, affligez moi la punition que je mérite." dit elle en montrant ses canines acérées.
Alors j étais venu jusqu ici pour simuler le tortionnaires! Je jouais du fouet, des liens, des insultes pour assouvir ses passions perverses, freiné seulement par ses gémissement .Tels des enragés sortis tout droit de la préhistoire nous assouvîmes nos passion bestiales sans retenues pour le bonheur de chacun. 
Beaucoup d eau est passée sous le pont.
Après la guerre, dans une de ces soirées données par le Yacht Club de Hambourg, je la revis. C était une soirée costumée et mon sabre de corsaire fit sensation. Ayant un œil bandé, je ne la reconnu pas de suite. Elle affublée d une robe à volants, genre "Petites filles modèles" me présenta à son ami aussi gros que son porte feuille. Un magnifique collier d émeraude semblait avoir scellé leur destinée. Dans un coin, un groupe d oies blanches trempait ses doigts dans les coupes de Champagne. je lui montrais l une d elle affublée d une aube. Elle sourit, en cachant ses canines acérées derrière son éventail. 
Nous bûmes ce soir là du Champagne de France dans la même coupe. 




samedi 16 août 2014

Message d un revenant

En ces jours troublés de Mai 1940, Herbert du suivre la Wehrmacht en direction de Paris.
Un de mes portraits réalisé à partir d une photo noir et blanc d un soldat Allemand qui serait bien resté dans les Ardennes.


Une lettre de Munich, avec une écriture hâtive des vers griffonnés,terminés par un espèce de croissant de lune en guise de signature. Quelque chose comme une main qui s agite au bord d une route en signe d adieux. Distraitement, Monique palpa ce message et le mit dans sa poche: 
-"On verra ça plus tard, allons nous occuper des vaches!"
Le téléphone sonna, aussi vite que lui permettaient ses vieilles jambes elle alla décrocher le combiné. 
Sa fille lui rappelle un rendez vous important: Elle avait oublié! Elle s inquiète de sa mémoire défaillante, après tout Monique va vers son soixante dixième printemps. Et puis il faut vous dire que ces derniers temps les malheurs se sont acharnés sur elle: d abord ce furent Zina et Karla ses deux plus belles vaches qu il a fallu abattre d urgence à cause de la brucellose, et ensuite; la nuit suivante c est sa vieille Mére Henriette qui a quitté ce monde, elle aurait pu attendre un peu avec ses presque cent ans!
Elles ont passé ensemble ses deux dernières nuits, les autres femmes du village n ayant pas le temps. 
Peu avant la fin elle a murmuré: 
-"Tu embrasseras les petits" et encore: -"Tu regarderas dans la boite marron". et enfin: -"Herbert , je...."
Elle n a pas finit sa phrase, elle lui fermit les yeux.
Monique a organisé un bel enterrement en invitant les proches, enfin ceux qui restaient. Le vin aidant, la conversation s est animée, on a même pu entendre des rires, sitôt couverts par chut !Chut! Comme si ça changeait quelque chose! Echanges de souvenirs souvent joyeux parfois amer. Les uns sont à l aise, d autres sont économes, à chacun sa philosophie.
Au soleil couchant avant de repartir on se promet de s appeler plus souvent, et Monique sur le pas de la porte fait signe aux derniers invités tout en regardant la brume qui monte lentement depuis la vallée de la Meuse. Elle a une pensée pour son homme décédé il y a deux ans, la laissant seule avec les vaches. 
-"Ils n ont presque rien mangé ". -"C est le Pataud qui va se régaler!" -" et les tartes, je vais les donner aux vaches, il en reste de trop!"
Avec mélancolie, elle repense à son enfance, à son père, ce grand taiseux qui a passé toute sa vie à trimer dans la ferme. Les années soixante sont venues, le transistor rejetant aux oubliettes le vieux poste de radio Phillips borgne avec son œil vert. Les disputes mémorables, notamment la fois ou sa mère tenait une boite marron que son père un jour de retour du marché voulait lui arracher des mains.
Monique s est arrêtée au milieu de la cour. Les dernières paroles de sa mère lui reviennent à l esprit.
-"Tu regarderas dans la boite marron."-"Herbert je...."
Elle revient sur ses pas en direction de la remise ou trône la grande armoire. La chouette pousse un cris et s envole. D une main tremblante elle en examine le contenu avec sa lampe de poche. Des papiers, des boites en carton, des chaussures, il serait temps de faire le tri.
-"Une boite marron, voyons voire ah! tiens la derrière juste après le linge."
Avec sa précieuse découverte Monique se dirige vers le scriban de la grande salle et ajuste la lampe.
Entre ses mains, un acte de naissance: elle s appelle Monika et plus Monique et son père c est Herbert, plus Henri: elle en tombe assise sur la chaise, se relève et va se servir un verre de schnaps qu elle avale d un trait.Il était ingénieur dans une usine de Munich.  Dés le début de la guerre ils s étaient rencontré dans la ferme. Mais pourquoi cet ingénieur s est il intéressé à sa Mère, qui dans le fond ne s occupait que de garder les moutons! L amour? Certes, mais cela a été certainement très bref . Elle est tombée enceinte rapidement. Enfin Herbert est repartit en direction de Paris avec la Wehrmacht.
 Ils ne se sont plus rencontré par la suite.
L effondrement de l armée française, l évacuation, toute cette période troublée ont permit à sa Mère   d échafauder un plan. Se faire épouser par Henri, un jeune homme malingre, pas trop intelligent qui l aimait. En contre partie, il devait reconnaître l enfant à venir et l accepter.
Le secret fut bien gardé.
Monique relis cette lettre d Allemagne reçue il y a quelques jours: Meine Liebling, je suis appelé à combattre en Russie, je ne sais pas si j en reviendrai.
Suivent quelques vers de Verlaine, enfin en bas un signe qui pourrait ressembler à un H.
Peut être n a t il pas eut le temps de poster cette lettre, elle aura été rendue à la famille s il est tombé là bas.
Demain elle ira poser un bouquet du jardin sur sa tombe sans oublier d y attacher cette carte.


Voilà mes chères amies, un texte trouvé sur le net ou je n ai gardé que l histoire.