samedi 16 août 2014

Message d un revenant

En ces jours troublés de Mai 1940, Herbert du suivre la Wehrmacht en direction de Paris.
Un de mes portraits réalisé à partir d une photo noir et blanc d un soldat Allemand qui serait bien resté dans les Ardennes.


Une lettre de Munich, avec une écriture hâtive des vers griffonnés,terminés par un espèce de croissant de lune en guise de signature. Quelque chose comme une main qui s agite au bord d une route en signe d adieux. Distraitement, Monique palpa ce message et le mit dans sa poche: 
-"On verra ça plus tard, allons nous occuper des vaches!"
Le téléphone sonna, aussi vite que lui permettaient ses vieilles jambes elle alla décrocher le combiné. 
Sa fille lui rappelle un rendez vous important: Elle avait oublié! Elle s inquiète de sa mémoire défaillante, après tout Monique va vers son soixante dixième printemps. Et puis il faut vous dire que ces derniers temps les malheurs se sont acharnés sur elle: d abord ce furent Zina et Karla ses deux plus belles vaches qu il a fallu abattre d urgence à cause de la brucellose, et ensuite; la nuit suivante c est sa vieille Mére Henriette qui a quitté ce monde, elle aurait pu attendre un peu avec ses presque cent ans!
Elles ont passé ensemble ses deux dernières nuits, les autres femmes du village n ayant pas le temps. 
Peu avant la fin elle a murmuré: 
-"Tu embrasseras les petits" et encore: -"Tu regarderas dans la boite marron". et enfin: -"Herbert , je...."
Elle n a pas finit sa phrase, elle lui fermit les yeux.
Monique a organisé un bel enterrement en invitant les proches, enfin ceux qui restaient. Le vin aidant, la conversation s est animée, on a même pu entendre des rires, sitôt couverts par chut !Chut! Comme si ça changeait quelque chose! Echanges de souvenirs souvent joyeux parfois amer. Les uns sont à l aise, d autres sont économes, à chacun sa philosophie.
Au soleil couchant avant de repartir on se promet de s appeler plus souvent, et Monique sur le pas de la porte fait signe aux derniers invités tout en regardant la brume qui monte lentement depuis la vallée de la Meuse. Elle a une pensée pour son homme décédé il y a deux ans, la laissant seule avec les vaches. 
-"Ils n ont presque rien mangé ". -"C est le Pataud qui va se régaler!" -" et les tartes, je vais les donner aux vaches, il en reste de trop!"
Avec mélancolie, elle repense à son enfance, à son père, ce grand taiseux qui a passé toute sa vie à trimer dans la ferme. Les années soixante sont venues, le transistor rejetant aux oubliettes le vieux poste de radio Phillips borgne avec son œil vert. Les disputes mémorables, notamment la fois ou sa mère tenait une boite marron que son père un jour de retour du marché voulait lui arracher des mains.
Monique s est arrêtée au milieu de la cour. Les dernières paroles de sa mère lui reviennent à l esprit.
-"Tu regarderas dans la boite marron."-"Herbert je...."
Elle revient sur ses pas en direction de la remise ou trône la grande armoire. La chouette pousse un cris et s envole. D une main tremblante elle en examine le contenu avec sa lampe de poche. Des papiers, des boites en carton, des chaussures, il serait temps de faire le tri.
-"Une boite marron, voyons voire ah! tiens la derrière juste après le linge."
Avec sa précieuse découverte Monique se dirige vers le scriban de la grande salle et ajuste la lampe.
Entre ses mains, un acte de naissance: elle s appelle Monika et plus Monique et son père c est Herbert, plus Henri: elle en tombe assise sur la chaise, se relève et va se servir un verre de schnaps qu elle avale d un trait.Il était ingénieur dans une usine de Munich.  Dés le début de la guerre ils s étaient rencontré dans la ferme. Mais pourquoi cet ingénieur s est il intéressé à sa Mère, qui dans le fond ne s occupait que de garder les moutons! L amour? Certes, mais cela a été certainement très bref . Elle est tombée enceinte rapidement. Enfin Herbert est repartit en direction de Paris avec la Wehrmacht.
 Ils ne se sont plus rencontré par la suite.
L effondrement de l armée française, l évacuation, toute cette période troublée ont permit à sa Mère   d échafauder un plan. Se faire épouser par Henri, un jeune homme malingre, pas trop intelligent qui l aimait. En contre partie, il devait reconnaître l enfant à venir et l accepter.
Le secret fut bien gardé.
Monique relis cette lettre d Allemagne reçue il y a quelques jours: Meine Liebling, je suis appelé à combattre en Russie, je ne sais pas si j en reviendrai.
Suivent quelques vers de Verlaine, enfin en bas un signe qui pourrait ressembler à un H.
Peut être n a t il pas eut le temps de poster cette lettre, elle aura été rendue à la famille s il est tombé là bas.
Demain elle ira poser un bouquet du jardin sur sa tombe sans oublier d y attacher cette carte.


Voilà mes chères amies, un texte trouvé sur le net ou je n ai gardé que l histoire. 
  





mardi 5 août 2014

La vie continue.

Une de mes peintures. Original trouvé sur le net, mais j ai changé les couleurs et la disposition des éléments qui constituent ce tableau.

Le temps est pluvieux, et Maurice en profite pour se rendre à la ville afin de régler une affaire de contentieux avec d autres propriétaires. L eau ruisselle sur le sol détrempé, l aiguille du baromètre oscille dans les fonds marécageux, mon moral également. Mireille est au lycée, Jacques aussi. L heure est venue d entreprendre une grande tâche, maintes fois repoussée : le rangement de la chambre de Bernard.
 Je m accorde un café et une cigarette pour ne pas déprimer. Les vingt cinq marches qui me séparent de la chambre de Bernard ont été pour moi un obstacle insurmontable pendant ces derniers mois, mais il faut assumer: la vie continue.
Dans un premier carton je range ses vêtements de bébé. Ce bavoir bleu  à pois blancs offert par ma belle mère, ces chaussons rouges qui lui tenaient les pieds au chaud et avec lequel il fit ses premiers pas. Je le revois encore s accrochant et se cognant la tête partout, mais repartant toujours à la conquête de son monde. Sur une autre étagère enfin, Fux son renard dont la queue a disparu et qu il lançait le plus loin possible lors de ses colères afin que nous lui rapportions. C était normal, nous sommes leur clown.
Avec un feutre, j écris:" Affaires bébé" en y joignant encore sa gourmette cassée au dernier moment.
Maintenant les affaires d enfant: Ce pull-over orange tricoté n importe comment mais qui lui a tenu chaud  et ces bottes jaunes quand il allait nourrir les bêtes pour aider son père. Son premier Jeans, à neuf ans, il nous avait cassé les oreilles pour en avoir un comme ses "potes". Bien que Maurice et moi soyons contre la mode et les marques chez les enfants, c était bien pratique, solide, et fonctionnel, pour lui qui se salissait beaucoup sur la ferme. Encore deux cartons scellés pensais je avec soulagement.
En rangeant ses jouets, je revis son évolution: figurines de dinosaures, Play mobiles, château fort, véhicules divers, ballons de foot avaient laissé la place à la console et à ses jeux tous violents que je ne supportais pas. Les posters aux images d horreurs sont roulés et maintenus par un élastique. Tiens dans le fond de son bureau je trouve encore un paquet de cigarette avec un briquet, pourtant je lui avais formellement interdit de fumer! En tous cas je n ai rien remarqué!
J ai retenu mes larmes pendant cette séance de rangement, car je sens encore sa présence, lui qui nous a quitté si précipitamment, sans dire au revoir.
En rangeant  ses T-shirts aux inscriptions multiples et provocatrices, une immense tristesse m envahit. Des doutes surviennent dans mon esprit, nous avons raté son éducation. Certes, son caractère méfiant était parfois déroutant, ses sautes d humeur imprévisibles, sa manière désinvolte de friser avec la ligne d interdit était déconcertante.
Le soir de la St Catherine, Bernard était sortit à la ville voisine avec son scooter nous promettant d être de retour à dix heures. A minuit Maurice furieux, s apprêtait à  partir à sa recherche, quand une voiture de la gendarmerie entra dans la cour de  ferme. On avait retrouvé son corps inanimé  sur le bord de la route à 500 mètres de la bourgade. En arrivant à l Hôpital nous devions apprendre son décès du certainement à une overdose confirmée par l autopsie. Les circonstances de cet accident sont restées jusqu à présent inexpliquées.
Maurice et moi avions toujours pensé offrir une éducation soignée à nos enfants, en les protégeant de l influence néfaste de certains milieux. J espère que nous réussiront mieux avec les cadets qu avec l aîné car cet échec cuisant nous restera toujours sur la conscience. Le travail de Maurice, et mon emploi à mi temps à l hôpital nous ont laissé peu de temps à consacrer à nos enfants. Nos absences répétées, la solitude ou ils ont été confrontés était le terrain favorable au développement de toutes les relations douteuses qui en ont découlé.
Une pensée m obstine en ce moment: Dans l avenir, saurons nous détecter à temps les signes annonciateurs d une déviation, saurons nous prendre les mesures adéquates pour les éviter? Mireille et Jacques semblent étudier avec plaisir, ne nous laissons pas aveugler par ces apparences.


Voilà une nouvelle trouvée sur le net. Cette fois j ai fais beaucoup d infidélités au plan initial.