jeudi 17 avril 2014

Voyage à dos d âne

Illustration acrylique réalisée au pinceau chinois pour ce texte


C était un week end de novembre, avec Anika, une amie de longue date. Son Père issu d une lignée terrienne possédait  à Inzekri une maison ou il ferait bon y séjourner, juste le temps de découvrir la région. Conduisant pendant sept milles la Peugeot pick up sur des routes en lacets sans aucune barrières de protection, nous nous garons enfin sur un terre plein couvert d herbes folles: la route s arrête là. Anika disparaît  derriére une bergerie pendant dix minutes. Un vieux paysan berbère tirant un âne rétif vient en ma direction. Dans son dialecte connu des seuls habitants, il me fait signe d enfourcher la bête. Pour moi qui ne suis jamais montée sur un animal, voilà une surprise qui m inquiète un peu.
Anika nous rejoins en courant, m aide à monter, accroche encore un gros sac sur le coté de l âne, comme si elle n avait pas assez de ma personne. Parfois, sur le chemin caillouteux et étroit, le vieux Berbère doit tirer sur la longe non sans traiter cette pauvre bête de tous les noms. Les précipices sont vertigineux, mais la vue imprenable. Un léger brouillard couvre les fonds de vallée. Les arganiers, les oliviers, bordent le chemin. J espère seulement que cette brave bête ne fera point de faux pas, car je ne me suis pas mis en règle avec le très haut avant de partir. Parfois, son propriétaire le laisse brouter ou vider sa vessie , chose que je ferais volontiers! Sa vitesse est proche de celle des autos dans les embouteillages parisiens, mais ici, on prend les choses philosophiquement, la nature nous offrant des images époustouflantes.
En bas d une descente, il s arrête net, un figuier de Barbarie lui fait obstacle. Le paysan avec un langage peu châtié, essaie de faire reculer l âne . Anika s est emparée d un bâton qui traînait là et tape sur le flanc de la bête. Puis elle tire de toutes ses forces sur la queue en jurant. Je propose de descendre.
-"Non, c est une pouffiasse,  elle ne dois pas frôler cet arbuste, les épines sont difficiles à enlever."
-"Alors, l âne est une ânesse" pensais je tout haut.
Anika cours en direction d une maison, celle de sa famille j imagine. Une ribambelle d enfants nous entoure, on m aide à descendre, dix gamins veulent monter la garde devant les toilettes, un trou dans le sol ou l on a tendu un rideau, peut être pour moi. Plusieurs maisons de couleur argile forment une ruelle: certainement son village dont elle m a parlé avec tant d enthousiasme. Le Couscous laisse échapper des odeurs d herbe, de harissa, on parle beaucoup, fort,tous en même temps, ah mon Dieu, je suis assommée, la famille éprouve une grande joie de revoir sa petite fille autour d une tasse de thé.
Âpres le repas, on descend à la cascade en bas du vallon, les gamins plongent tout habillés, nous nous asseyons au bord de l eau: un bien, un luxe si précieux dans ces régions qui en sont privées.
Une petite soupe de millet et d orge , les conversations, mes yeux clignotent, ej m endors sur une natte tressée par les femmes du village et recouverte par une peau de chèvre.
Le matin les appels des bergers je suppose m ont fait revenir dans ce monde si prés de la nature.
Ces villages sont alimentés en eau à partir de puits creusés dans la campagne, les femmes se chargeant du transport, si aucun véhicules n est là. L état, mais aussi des donateurs ont permit de financer cette infrastructure pour la satisfaction de chacun. Les rubans noirs des routes commencent à relier les villages, mais les distances sont longues, et c est onéreux.

 A coté des maigres pâturages complètement desséchés pendant la saison estivale, on peu voire un peu d orge, également du blé pour les galettes. L olivier, l argan, et la figue de  barbarie croissent là ou les animaux sont exclus.
Plusieurs villages dont celui d Inzekri se partagent un rucher traditionnel. Construit au XIXème siècle en terre et en bois, ses dimensions sont colossales. Aujourd’hui, seulement une partie est utilisée. Les ruches traditionnelles de forme cylindriques sont fabriquées en roseaux tressés et étanchéifiées avec un mélange d argile et de bouse de vache. On les introduit alors dans les compartiments du grand rucher.

. Le miel de thym poussant en montagne est très réputé au Maroc.
La nature, si l on sait l écouter, la sentir, la comprendre et lui parler peut nous offrir bien des satisfactions.
Ce court séjour dans l Atlas, si prés d une nature que l on respecte, parmi les abeilles, les cascades, et les palmeraies ont eut tôt fait de me faire oublier mes randonnées alpines.
Le rucher d Inzekri . une immenses construction en bois . Une acrylique réalisée en partie au couteau.

vendredi 11 avril 2014

La fin

Les jours d Eva sont comptés. Une acrylique réalisée pour ce texte.

Peut être un mois, mais pas au de là.
Ces mots de l oncologue me sont restés gravés à jamais dans ma mémoire. Me voyant effondrée par la nouvelle, il essayé vainement de me consoler. Le couperet va tomber, l injustice est flagrante, un peu comme la condamnation d une innocente. Avant de franchir la porte de son bureau, il a posé une main bienveillante sur mon épaule, j ai lu une immense tristesse dans son regard. Il m a salué avec compassion.
-"42 ans, l été de la vie, et déjà la fin, comment est ce possible!"
 Je tape de toutes mes forces sur la volant de ma voiture.
Chez moi, je me laisse tomber sur le sofa, Evelyne, du haut de ses seize ans a déjà tout compris. Elle a posé un bras autour de mes épaules, et son regard en dit long sur sa tristesse.
Puis lasse de cette vie qui part en fumée, je m enferme dans la chambre pour pleurer sous mes oreillers. Julien en revenant de son travail a essayé de ne pas sombrer dans le désespoir, nous nous sommes serrés dans les bras l un de l autre.
-"Je ferai tout pour toi jusqu au bout!"
 Puis courageusement, il a tout rangé la vaisselle dans la machine et s est lancé dans la confection d un plat de macaroni Carbonara. Pendant le repas, chacun a essayé de sourire voire de plaisanter malgré la situation dramatique.
 Pendant le temps qu il me restait, car je compte à rebours maintenant, il a tout pris le ménage en main pour me montrer qu il allait en sortir, cela a du être difficile pour lui de garder sa bonne humeur comme si de rien était. Et pour cet acte de bravoure, je suis reconnaissante. Je lui ai promis de parler de son cas devant le très haut. C est malheureusement la seule chose que je puisse faire pour lui maintenant!
 Puis il fallu téléphoner aux proches et ce ne fut pas le plus facile, maintes fois, c est moi qui ai du les consoler.
Enfin , maintenant que tout était réglé, je cherchais vainement une occupation sereine pour les derniers jours qu il me restait: Voyager oui mais je n allais pas commencer à dilapider nos quelques économies si difficilement épargnées. Visiter les musées et caresser des yeux les toiles de maître, certes mais à quoi bon. Cinéma et théâtre furent écartés: trop tard!
 Mes yeux se posent sur mes rangées de livre, quand je tombe en arrêt devant mon manuscrit: mais oui, c est vrais, celui là je ne l ai jamais terminé. Je le feuillette rapidement, une foule de souvenirs me reviennent.
Ma vie ne serait pas finie en beauté, si je ne laisse pas une trace de mon passage ici bas.
 Je me lance dans cette tache( la dernière) avec entrain, nuit et jour, je passe mon temps devant le computer enfermée dans ma chambre.
Evelyne me prie de partager les jours qu il me reste avec elle, surtout en cette période de vacances, quoi de plus normal, j en conviens. Mais hélas je veux absolument finir ce manuscrit . Ensuite je passerai les derniers jours avec elle, c est tout ce que je peux lui promettre.
Un soir qu elle répète toujours la même sonate de Chopin au piano, ma patience céda à un accès de colère, et je sortis furieuse/
 -"Evelyne, je t en prie, arrête cela: impossible de me concentrer sur mon livre, et puis cette musique, on dirait une sonate funèbre!"; Un mot lâché  sans réfléchir qui lui fait mal.
Elle me regarde furieusement, claque le couvercle du piano, et s enfuie chez son amie en pleurant. Elle ne jouera plus jamais de piano.
Envers et contre tout, je réussis à terminer mon livre, un exploit dont je suis fière.
Le mal me ronge, les forces me quittent, il est temps de partir. Antoine me conduit à l hôpital en voiture, il nous reste tellement peu de temps à vivre ensemble. Dans la chambre, je ne distingue plus les objets, le crépuscule fait place à la nuit, pourtant il n est que midi. Je voudrais revoir une dernière fois Evelyne: elle est dans son Lycée, je n emporterai d elle que l image de son visage attristé.
Papa et moi descendons les marches de l hôpital. Maman est partie sans dire un mot, droguée par la morphine. Anéantis par la cruauté de cette séparation nous sommes effondrés l un et l autre. Le malheur nous rapproche, il essaye en vain de trouver les mots qui pourraient m aider. Il m épargne les formalités les plus pénibles en me laissant à la maison pour me reposer.
Dans la chambre de Maman, je tombe en arrêt devant son manuscrit qu elle vient de terminer. C est avec répulsion que je le prend pour le déposer dans l évier de la cuisine: Voilà le coupable qui m a volé mes dernier moments d intimité. Consciencieusement, je craque une allumette pour le voire partir en fumée tout en jouant la marche funèbre de Chopin sur mon clavier. Chaque note provoque en moi une profonde jouissance.



Voilà mes chères amies un texte choisi sur le net et arrangé par mes soins. Cela vous semblera peut être un peu funèbre, mais après tout, je passe souvent des séjours à l hôpital de Strasbourg, et je vois de ces choses!